À bord du Professeur Khromov, juin 2014

Le guide et chef d’expédition

Christian Kempf

Président Fondateur de Grands Espaces

Journal de bord

Jour 1

Du 11 au 15 Juin 2014

Par Fabrice Genevois

11 juin 2014

Après une courte halte à Moscou, nous sommes arrivés dans l’île Sakhaline le mardi 10 juin, après un long vol au-dessus de l’immense Russie. Confortablement installés dans notre Airbus, il nous aura fallu moins de 9 heures pour rallier la côte orientale de l’Eurasie. Comment ne pas songer à Ferdinand de Lesseps qui, mandaté par La Pérouse pour donner des nouvelles de son expédition à Louis XVI, effectua le même trajet par voie terrestre… en un peu plus d’un an ! Dans le hall de l’aéroport de Yuzhno-Sakhalinsk, les nombreux visages burinés, pommettes saillantes et yeux en amande, nous rappellent que l’Asie est toute proche. Les bagages tardent à arriver, le ton monte, on s’énerve et on parle fort. Un peu plus loin, un homme vilipende un gamin trop bruyant, ou trop heureux. C’est parfois irritant le bonheur. Content de lui, l’homme ventripotent sourit à une charmante hôtesse de la compagnie Aeroflot. Elle détourne son regard – il est fier de lui – la testostérone, sans doute.

Un trajet de 45 minutes nous conduit au port de Korsakov, à l’extrême Sud de l’île Sakhaline, où nous embarquons à bord du Professor Khromov qui sera notre maison au cours des 12 prochains jours. Le Japon et l’île Hokkaido ne sont qu’à quelques encablures, un peu plus au Sud, par-delà le fameux détroit de La Pérouse…

Le lendemain, un épais brouillard enveloppe l’océan est c’est avec grand peine que nous distinguons la côte de l’île Tuleny, site prévu pour notre première escale. La température de la mer a chuté de 5 degrés depuis hier et nous échappons à présent à l’influence de l’Océan Pacifique. La forte houle interdit malheureusement toute manœuvre en zodiac et c’est depuis le pont de notre bateau que nous observons les Lions de mer de Steller qui arpentent la plage. Certains nagent près de l’étrave et l’on distingue parfois la tête d’une Otarie à fourrure septentrionale émergeant furtivement de l’écume. Des Guillemots de Troïl percent le brouillard de leur vol lourd, impatients de regagner le rivage pour leur rendez-vous amoureux. Autour de nous, les élégantes Mouettes tridactyle semblent danser sur l’eau, se jouant des vagues dans le plus gracieux des ballets. Il est à peine 11h15. Derrière les vitres embuées, je surprends malgré moi la conversation de deux passagers américains dans la capitainerie : « Sais-tu ce qu’il y a au menu ce midi ? ». Songeur, je me souvins alors des vers de Mallarmé :

« La chair est triste, hélas, et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! Là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux ! »

13 juin 2014

La visibilité s’est sensiblement améliorée depuis hier et nous approchons ce matin la côte Nord-Est de l’île Sakhaline, au niveau de la Baie Pil’tun. L’endroit est réputé pour accueillir une petite population de Baleines grises, jadis abondantes en mer d’Okhotsk avant d’être exterminées par la folie des hommes aux grandes heures de l’industrie baleinière. Tant bien que mal, nos zodiacs se frayent un chemin parmi les bancs de sable qui contrarient l’accès à la baie et nous surfons sur les rouleaux d’écume.

Les conditions sont plus calmes dans la lagune, où de nombreuses Sternes des Aléoutiennes nous gratifient de leurs plongeons spectaculaires, en quête de petits crustacés qui abondent dans ces eaux peu profondes. Au loin, quelques Pygargues de Steller se disputent un cadavre de poisson sanguinolent, dans un concert de cris stridents. Il y a là deux adultes et un immature et nous avons tout loisir de les observer à distance. Il s’agit du plus puissant des aigles, l’un des symboles sauvages de l’Extrême-Orient russe… Une petite marche nous conduit ensuite près d’un phare qui domine la baie qui s’étend à perte de vue. La végétation rase est ici dominée par les Pins de Sibérie dont les aiguilles ondulent sous la brise marine.

Le lendemain, le décor est bien différent. Une brume épaisse enveloppe l’océan à notre réveil et il nous est impossible de distinguer la côte des îles Iony. Les nombreux oiseaux qui survolent notre bateau trahissent cependant la présence de ces rochers perdus au milieu de l’océan, à plus de 150 kilomètres de la terre la plus proche. C’est depuis nos zodiacs que nous approchons le rivage de ces îles, peuplées d’une myriade d’oiseaux marins. Il y a là des Guillemots de Brunnich, des Fulmars, des Mouettes tridactyles, mais également une quantité impressionnante d’alcidés en tous genres : Stariques cristatelles, pygmées, minuscules et perroquets.

Sur le rivage accidenté, les Lions de mer de Steller se prélassent sous le regard protecteur des « pachas », énormes mâles qui défendent leurs harems. Pendant près de trois heures, nous longeons les côtes de ce sanctuaire sauvage d’où se dégage l’odeur musquée des lions de mer, sans se lasser du spectacle unique dont nous gratifient les oiseaux indifférents à notre présence…

15 juin 2014

Au cours de la nuit, nous avons doublé la pointe Nord de l’île Sakhaline, afin de gagner les îles Shantar, situées dans une vaste Baie du continent. C’est sur une longue plage de galets où gisent de nombreux troncs d’arbres déposés par les marées que nous débarquons, afin d’explorer les environs.

Le parfum des Mélèzes embaume la forêt où résonnent les chants des oiseaux et quelques traces indiquent le passage récent d’un ours brun. Dans une petite clairière, une cabane de trappeurs délabrée se dresse au milieu des fougères et ne semble plus occupée depuis plusieurs années.

Nous entreprenons la traversée de la grande vallée glaciaire occupée par une tourbière, afin de gagner les bords d’une rivière où abondent les saumons en été. Perché sur son nid, un Pygargue de Steller nous observe et ne semble nullement intimidé par notre présence. Le lendemain, notre navire pénètre plus profondément dans la Baie « Académie », qui sépare les îles Shantar du continent.

Notre but est d’atteindre la banquise, afin d’observer des phoques et en particulier le célèbre phoque à rubans, typique de la mer d’Okhotsk et de la mer de Béring. Le début de la journée n’est pas très encourageant et un brouillard épais complique nos observations. Mais notre attente est finalement récompensée lorsque la visibilité s’améliore et que les premiers phoques apparaissent à l’horizon. D’abord un, puis deux, puis finalement plusieurs dizaines…

Au total, ce sont plus de 350 phoques à rubans, 400 phoques tachetés, 50 phoques barbus et une dizaine de phoques marbrés qui furent comptés pendant l’après-midi ! Une superbe journée passée dans la banquise autour des îles Shantar…

Voir la suite de la croisière
Fermer

Pour une meilleure expérience, nous vous conseillons de tourner votre tablette en paysage